« Soixante-six ans après sa disparition, Hitler se réveille dans un terrain vague de Berlin. Et il n’est pas content : quoi, plus personne ne fait le salut nazi ? L’Allemagne ne rayonne plus sur l’Europe ? Tous ces Turcs qui ont pignon sur rue sont venus de leur plein gré ? Et, surtout, c’est une FEMME qui dirige le pays ?
Il est temps d’agir. Le Führer est de retour et va remettre le pays dans le droit chemin. Et pour ça, il lui faut une tribune. Ça tombe bien, une équipe de télé, par l’odeur du bon filon alléchée, est toute prête à lui en fournir une.
La machine médiatique s’emballe et bientôt, le pays ne parle plus que de ça. Pensez-vous, cet homme ne dit pas que des âneries ! En voilà un au moins qui ne mâche pas ses mots. Et ça fait du bien, en ces temps de crise.
Hitler est ravi qui n’en demandait pas tant. Il le sent, le pays est prêt. Reste pour lui à porter l’estocade qui lui permettra d’achever enfin ce qu’il avait commencé. »

En vacances en Normandie, j’ai bien sûr fait du « tourisme historique » en visitant différents musées dédiés à la Seconde Guerre mondiale et au débarquement. C’est au cinéma circulaire d’Arromanches, que je recommande chaudement tant j’ai apprécié l’expérience, que je suis tombée sur le roman Il est de retour de Timur Vermes, publié aux éditions Belfond. La couverture, très efficace, s’est accrochée à mes prunelles au point de me faire ignorer les autres livres proposés tandis que la quatrième promettait une « satire hilarante ». Une combinaison fatale pour ma carte bleue, et que cette dernière qualifierait maintenant d’arnaque si elle pouvait parler.

En effet, j’ai lu assez difficilement ces 400 pages, espérant toujours que quelque chose allait –bien évidement- se passer. Mais non. Platitude totale. Les fameux quiproquos vendus pas de nombreuses critiques ne sont en réalité qu’une répétition lassante du même schéma où chacun comprend ce qu’il veut : Hitler qu’il a des alliés qui croient en lui et veulent le soutenir, les gens de la télévision qu’ils tiennent un acteur un peu trop dans son rôle mais tellement rentable. Je comprends qu’il soit tellement inconcevable qu’Hitler revienne que préférer toute autre explication parait plus logique que l’idée d’une résurrection pour les personnages, mais l’auteur en fait tellement pour bien nous faire comprendre qu’il faut se méfier des choses inconcevables que j’ai fini par trouver inconcevable, justement, que ce livre soit un best-seller en Allemagne.

D’ailleurs, il semble que la technique d’écriture de l’auteur consiste à ajouter couche sur couche, jusqu’à ce que son message soit bien rentré dans nos petites têtes blondes. Il aurait peut-être dû tenter sa chance en pâtisserie, les layer cake sont très à la mode en ce moment. Au lieu de cela, tous les lecteurs savent maintenant que le Führer était un homme instruit et d’une rare intelligence (il faut au moins ça pour arriver au pouvoir et mener tout un peuple par le bout du nez ceci dit), qui n’avait pas qu’une vision antisémite et de des idées radicales. Il est aussi à l’origine de certaines avancées comme la création de la Volkswagen, littéralement « voiture du peuple », qu’il voulait économique afin que chaque allemand puisse en posséder une.

C’est d’ailleurs la seule chose appréciable du livre : nous faire découvrir plus sur la politique et la façon de penser d’Hitler, sans avoir à se pencher sur son œuvre littéraire personnelle. Il est intéressant de voir cet étrange mélange de clichés raciaux et de théories économiques se transformer en une politique « nationale-socialiste » comme il l’appelait. On réalise en effet comment un savant mélange de revendications sociales, de coupables choisis et de manipulation des médias peut facilement entrainer les masses… Mais c’est loin d’être flagrant. Notre attention toute entière étant divisée entre la compréhension des théories politiques présentées, l’utilisation du glossaire pour ne pas se perdre entre les noms et acronymes issus de troisième Reich, et l’énormité de la situation où Hitler est pris pour un comique moquant le nazisme alors qu’il l’incarne ouvertement devant l’Allemagne entière. En revanche, ce n’est pas la complexité du récit – quel récit ? – qui posera problème. Et l’humour promis, totalement absent du livre, ne sauve pas le tout.

Adoptera, adoptera pas ?

Il est de retour est un livre ennuyeux, une satire sans humour et sans goût. Le seul « intérêt » du roman est de parler de l’homme et de sa politique de façon globale, et pas seulement des horreurs que nous connaissons tous. Mais si vous souhaitez un livre qui « rappelle que face à la montée des extrémismes et à la démagogie, la vigilance reste plus que jamais de mise », comme l’ont formulé les éditions Belfond, penchez-vous plutôt sur La vague de Todd Strasser : celui-ci ne vous laissera pas indifférent.


3/10


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